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Marilyn et l'ange turfiste en librairie le 17 février 2017

02/16/2017

Marilyn et l'ange turfiste est un roman fou, très drôle, de science-fiction où l'on s'y croirait parce son auteur Guy Adrian est lui aussi un drôle de personnage (de formation scientifique, il a fait sa carrière dans l'industrie pharmaceutique) animé d'une capacité d'auto dérision de bon aloi en ces temps où tout le monde a la tentation de se prendre au sérieux, d'un esprit critique acéré mâtiné parfois d'une vision noire de notre avenir, qu'il compense par un humour et un enthousiasme débordant. Bref ce roman est à son image.

 

Extrait (chapitre I) 

 

Vêtu uniquement d’un bermuda à fleurs, son gros ventre rougeoyant sous le soleil de midi, chapeau de paille sur la tête, Théophile, dit Théo pour les dames et ses amis, se prélassait dans une chaise longue en sirotant un apéritif anisé bien glacé. Il soupira de satisfaction. Au bout de la verte pelouse devant lui coulait avec un doux clapotis une fraîche rivière bordée de palmiers. À portée de main, il avait une boîte de loukoums et de belles dattes dodues dans un petit panier, il s’en lança deux dans la bouche, les mâcha voluptueusement, les avala après avoir craché les noyaux puis émit un petit rot de satisfaction. Ah, quel bonheur d’être là ! Une danseuse orientale s’approcha, son tambourin à la main, vêtue de voiles transparents ; de longs cheveux noirs bouclés encadraient son beau visage ovale et ses grands yeux noirs étaient semblables à des perles d’onyx. Elle s’inclina vers Théo en souriant :

« Veux-tu me voir danser mon bel Ange ? »

Sur un signe de la main approbateur, elle entama une danse lascive rythmée par les frappes de sa main sur la peau du tambourin et les cliquetis de ses bracelets d’or. Théo ferma les yeux un instant.

Mais une voix forte le réveilla brusquement : « Alors, mon frère, tu profites ? Hein, notre Paradis à nous, Musulmans, c’est autre chose que le vôtre qui ressemble à un camp de prisonniers ! »

Le charme fut rompu. Le perturbateur était Momo, un travailleur algérien que Théo avait connu jadis à Paris. Le joyeux lascar venait d’arriver, en pleine forme après son petit déjeuner et une nuit passée aux jeux de l’amour avec les deux belles gazelles accrochées à ses bras, toutes deux distinguées membres de l’équipe des soixante-douze vierges mises à la disposition du vaillant Momo, pensionnaire à temps plein du Paradis musulman de la planète K69.

Théo, lui, n’était que de passage pour une journée, invité par Momo et ses amis chibanis, tous retraités de la régie Renault. Après des vies terrestres passées à monter des voitures à la chaîne, une fois morts, ils étaient partis pour ce Paradis dont ils profitaient pleinement.

D’autres jolies jeunes femmes vinrent installer des nappes et préparer un pique-nique. Les yeux de Théo allaient de l’une à l’autre, essayant de capter les formes voluptueuses de ces houris sous leurs robes diaphanes. Momo l’interpella :

« Ha, mon frère, on peut dire que toi, c’est juste le plaisir des yeux !

–– Hélas, je ne peux pas plus, répondit Théo, mais j’aimerais bien pouvoir faire comme vous…

–– Demande à ton chef, là-haut, pour changer ! Tu fais les prières, on te coupe un petit bout de peau, et hop, tu viens chez nous ! »

 

Momo suggérait ainsi à Théo de se convertir à l’Islam pour profiter des avantages, ô combien supérieurs de cet Éden. Mais hélas, Théo était Ange depuis deux mille ans, employé au Bureau du Paradis Catholique, sous la férule de Saint-Pierre, avec qui on ne rigolait pas tous les jours.

Au même moment une vibration dans sa poche ramena Théo à la réalité. C’était son télépager qui affichait un message comminatoire : il devait rentrer immédiatement dans son Paradis P n° 1, le plus ancien des sept Paradis installés sur la Planète Kepler 6969x, plus simplement nommée K69, située à environ quatre années-lumière du Soleil. Cette planète de la constellation du Centaure, dix fois grosse comme la Terre, était rocheuse, pourvue d’atmosphère, d’oxygène, d’eau en abondance et d’un climat propice. Elle avait été choisie dans les temps anciens comme première base de peuplement de la Voie Lactée, un million cinq cent mille ans avant la planète bleue.

 

 

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